Portrait : Dominique Boussuge, experte en pathologie du bâtiment

Posté le 2 mai 2020

L’expertise en pathologie du bâtiment :

Dominique Boussuge met des mots

sur les maux… des bâtiments !

A l’instar du corps humain chez lequel on diagnostique les pathologies, les bâtiments, eux aussi, souffrent ! C’est la raison pour laquelle Dominique Boussuge, Présidente de l’Institut International des Experts, Expert Technique & Scientifique en Ouvrages Bâtis et Ouvrages d’Art, Pathologiste International en Bâti, passe sa vie à leurs chevets. Elle dispense par ailleurs des formations auprès des professionnels de l’immobilier pour leur permettre d’identifier ces maux et surtout, de mettre en œuvre les actions correctives. Collaborant avec Dominique Boussuge depuis plus de dix ans, l’Agence Etoile s’associe à sa démarche de préservation de notre patrimoine bâti.

Que signifie vraiment « pathologie du bâtiment » ?

Ce terme désigne l’ensemble des problématiques et désordres que l’on rencontre sur le bâti, comme les fissures, l’humidité…Il concerne à la fois les maisons, les immeubles, mais aussi les ouvrages d’art, comme les ponts ou les routes. N’oublions pas non plus les bâtiments historiques, sur lesquels je suis également amenée à intervenir.

L’expertise en pathologie du bâtiment : en quoi consiste exactement votre mission ?

Je suis appelée par les ministères des pays étrangers, comme en Haïti, où je suis intervenue en 2010, suite au tremblement de terre, et en 2014, pour aider les professionnels sur place à vérifier la solidité des ouvrages et la pathologie des bâtis et des ouvrages d’art, par le monde de l’immobilier ou le particulier. L’idée est d’évaluer la dangerosité des dégâts et décider, au cas par cas, s’il vaut mieux détruire ou réparer. En tant qu’experte internationale, je suis en capacité d’intervenir dans le monde entier pour ce type de mission. En métropole, je me bats depuis 15 ans pour essayer de rendre obligatoire un diagnostic immobilier. En effet, pour le moment, on connaît tous les diagnostics tel que amiante, termites, plomb… mais le diagnostic des structures n’existe pas, malgré les effondrements de balcons et d’immeuble. A mon grand désespoir ! J’ai écrit plusieurs courriers à la Présidence de la république et différents ministères qui se sont succédés, mais à chaque fois, mes prises de contact sont restées sans effet…

Comment avez-vous alors réagi ?

Je me suis dit qu’il valait mieux que j’œuvre seule pour tenter d’atteindre mes objectifs d’Ambassadrice des Bâtis ! J’ai ainsi créé une licence de marque appelée les Experts Vauban. J’y forme des professionnels à la pathologie des bâtiments et je suis à l’origine de l’EHB (Evaluation de l’Habitabilité des Bâtis). Concrètement, il s’agit d’une démarche visant, comme d’autres diagnostics, à tester l’habitabilité de tous les biens à vendre ou à louer. Dans certains cas d’immeubles d’habitation très vétustes, il s’agit, à la fois de préservation du bâti, mais plus encore de préservation de vies humaines.

Menez-vous aussi des actions auprès des professionnels de l’immobilier ?

Tout à fait. Il y a un peu plus de 10 ans, j‘ai décidé d’apporter toutes ces connaissances en pathologie du bâtiment aux agents immobiliers. En effet, après avoir réalisé un sondage auprès des agences immobilières, je me suis aperçue qu’elles vendaient des biens immobiliers sans connaître les problématiques du bâti des maisons et des copropriétés. Celles-ci pouvaient s’effondrer le lendemain, les agences ne sauraient pas quoi répondre. Je me suis donc efforcée de proposer des formations aux agents immobiliers en créant des supports où le langage technique est traduit en langage courant. De cette manière, ils sont capables d’expliquer et de vendre en toute connaissance de cause. Il faut par ailleurs savoir que les agents immobiliers peuvent être amenés à la cause en défaut de devoir de conseil, quand il y a un problème après la vente. S’ils n’apportent pas un minimum de conseils à leurs clients, ils peuvent être sanctionnés pour cela. Ainsi, ils sont en capacité de reconnaître des fissures, des manifestations d’humidité, et de tous les maux du bâtiment. Ils peuvent ensuite conseiller le vendeur ou l’acquéreur pour faire établir des devis pour réparer les dégâts identifiés. Depuis plus de dix ans, je collabore donc avec plusieurs réseaux immobiliers et agences immobilières.

Mais j’interviens aussi auprès des étudiants, en fomation dans des écoles d’immobilier. Ainsi, je suis professeure à SupExup, à Montpellier, et forme tous les élèves en licence RPI (Responsable de Programmes Immobiliers). Je suis également Membre du Jury à l’Université de Paris Panthéon- Sorbonne en Master 2 Ethires, qui est un master en philosophie appliquée en entreprise, en responsabilité sociale et environnementale.

Comment avez-vous rencontré André Perrissel et l’Agence Etoile ?

Il y a un peu plus de dix ans, tout simplement au cours de formations que je dispensais auprès des agents immobiliers. Immédiatement, nous nous sommes bien entendus car l’agence est très sensible à la dimension patrimoniale du bâti. Les professionnels qui travaillent au sein du réseau des agences Etoile sont réellement soucieux accomplir leur mission dans les meilleures conditions et d’apparaître comme des conseils après de leurs clients. C’est pourquoi ils considèrent mes formations comme des opportunités de monter en compétences et de mieux accomplir leur mission. Mais mon accompagnement ne se borne pas à mes formations. Je reste toujours disponible surtout en soirée, pour répondre aux questions que l’ensemble des professionnels rencontrés en formation se posent sur le terrain. Ainsi, je reçois près de dix appels chaque soir d’agents immobiliers qui sont confrontés à des situations de pathologies du bâti et qui aimeraient avoir mon éclairage. Dans les copropriétés, il s’agit surtout de problèmes de fissures structurelles, qui atteignent la solidité de l’ouvrage. Cela peut aussi être des problèmes d’humidité et de condensation. Une fois rassurés sur l’identification du problème, ils peuvent plus facilement faire établir des devis et jouer ainsi à 100% leur rôle de conseil auprès de leurs clients qui auront reçu une information exhaustive et éclairée du bien qu’ils s’apprêtent à acheter.

Au-delà de la pathologie des bâtiments, dispensez-vous d’autres types de formations ?

Je forme aussi les professionnels de l’immobilier en Assistance à Maitrise d’Ouvrage (AMO) et Référé Préventif Amiable. La création de cette formation se justifie par le contexte historique dans lequel elle a été conçue. C’était à l’époque du lancement de la loi ALUR, initiée par Cécile Duflot. La Loi précisait que les syndics de copropriété ne pouvaient plus facturer le suivi des travaux, sauf s’ils étaient AMO. J’ai donc organisé la première session de formation à Barcelone qui, depuis, a également trouvé son public.

J’ai ainsi décerné la qualification d’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage à différents participants de cette première formation organisée dans le cadre de la FNAIM, Christine Perrissel, Patrice Gimenez, André Perrissel pour le Groupe ETOILE, Isabelle Fournier du cabinet ADB Syndic à Paris 5ème ou Daniel Grand, du Cabinet Grand à Paris 1er.

Avez-vous des projets communs avec l’Agence Etoile ?

Je souhaite en effet soumettre à André Perrissel une idée de collaboration. Pour optimiser l’expertise des professionnels de l’immobilier en pathologie des bâtiments, je vais créer une application qui sera téléchargeable sur smartphones et tablettes. Il s’agira pour l’agent immobilier d’entrer certaines données du bâti et l’application effectuera un diagnostic de l’habitabilité du bâtiment. Monsieur Perrissel et ses collaborateurs étant très impliqués dans la sauvegarde du patrimoine bâti, je pense lui proposer de prendre part à la concrétisation de ce projet.

A titre individuel, avez-vous d’autres réalisations en cours ?

J’ai été approchée par les Editions Eyrolles et par le Moniteur qui souhaitent me confier la rédaction de La Bible de la Pathologie des ouvrages bâtis, qui devrait sortir en janvier 2021. Si je suis en pleine réflexion quant au choix de l’éditeur, écrire ce livre est un geste qui fait totalement sens dans ma démarche d’acculturation des professionnels de l’immobilier à la pathologie du bâti.

Interview par Stéphanie Buitekant

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